L’art triste qui est en mou

    Prolégomènes à l’attention des amateurs d’art moderne : C’est de l’humour. Non, je tenais à le dire aux ceux-là qui se vexent à tire-larigot. Alors que moi la dernière fois, c’est un exemple, je marchais tranquillement dans la rue et il y a ce type qui arrive, le genre sans gène, le genre qui se croit tout permis vous voyez, bref, le genre qu’a mauvais genre.

    Il me regarde et balance urbi et orbi : « Pardon cher monsieur, je vous prie  très sincèrement de bien vouloir m’excuser de vous importuner alors que vous êtes à n’en point douter un homme très affairé, je souhaiterais néanmoins, si toutefois vous ne jugiez pas ma démarche par trop cavalière, que vous m’instruisissiez de l’heure qu’il est en cet instant. »

    Bon bah, je ne me suis pas vexé. Je lui ai quand même donné l’heure. Dès que j’ai compris. Et recommandé de parler comme tout le monde. Quand c’est pas dit méchamment…

introduction au texte "l'art triste"

    Si, émettant quelques commentaires à propos d’une création nommée « Agrégat vomitoire figuratif mais contre-narratif en tant qu’allégorie fictionnelle », vous vous exprimiez comme des bouseux, eh ben ça ferait tâche. Ça jurerait drôlement. Comme le champagne dans une gourde de vélo. Il faut toujours être emphatique, spécialement quand l’œuvre est tartignole. Etre pédant, verbeux, pontifiant… chiant quoi. Mais alors…

…vraiment chiant. Comme la visite guidée du combinat métallurgique de Norilsk en Sibérie orientale. Bon alors je vous montre comment faire. Mais après vous le faites tout seul…

Et Dieu créa la femme...

Patachon : Ce week-end, je me suis rendu à l’exposition de l’artiste contemporain italo-japonais Kõshishi Fumisti. Le génie a réalisé un portrait « Tridimensionnal-réalistic-art  » de Mao, entièrement élaboré à partir de concrétions nasales agglutinées, intitulé : « Figure méandrique et grumeleuse du despotisme autocratique polymérisée. »

Ficelle : Oui, l’œuvre s’inscrit me semble-t-il dans le mouvement « Concept-tare-archéologico-granulaire » regroupant les phénix du curage postmoderniste.

P : Absolument. Les grains de caviar sur le blini résidaient dans l’utilisation magistrale de mucosités cryogénisées d’Andy Warhol. Un recyclage éblouissant.

F : L’homme est en effet un précurseur. Quand on pense que certains ont pu dire : « C’est de l’art ça ? Moi je fais pareil les doigts dans le pif », quelle arrogance, on souhaiterait les moucher sans détour…

P : Il faut néanmoins faire montre d’une certaine prudence avant que de manifester son enthousiasme pour l’art transgressif : mon patron a récemment accroché une toile dans son bureau nommée « Ta Pépette », tout à fait le style « Comico-minimaliste » de Herman Grotesk ; je lui souffle : « Dites patron, je n’avais pas eu vent de votre attirance pour l’art abstrait. » Il me répond : « C’est un portrait de ma femme trou-du-cul. »

Ta Pépette est vraiment une mochette

F : Quelle fut ta réaction face à ce mépris affiché pour la culture « Progressivo-avant-gardiste-du-futur-de samedi-en-huit » ?

P : J’optais pour une violente contre-offensive oratoire de type « Neo-blizkrieg-underground » : « Patron, mais comment faites-vous pour rester aussi jeune ? » Désemparé par cette explosion de violence insoutenable, le malheureux ne pu que battre en retraite non sans émettre tristement une dernière flatulence verbale : « Arrêtez de me lustrer la rondelle et barrez-vous d’ici à la vitesse lumière.»

F : Tu as bien fait de lui river son clou ; ce monsieur préfère certainement exhumer les fossiles de l’art bourgeois, ces pathétiques croûtards paléo-figuratifs tels Titien, Veronez, Canaletto….tout cela est tellement old-fashion, comme ce portrait sottement académique de mon aïeul Pierre-André-Gaspard Ficelle représenté en « profil perdu » après sa rencontre avec un boulet de canon à la bataille de Waterloo.

P : Mais absolument. Sais-tu par ailleurs que le mois dernier, lors d’un vernissage au Musée Gross Kanülar de Hambourg, j’ai rencontré l’artiste russo-chilien Rodriguez Charlatanov qui m’a éclairé sur le background inspirationnelle de sa dernière création.

F : Veinard. J’éprouve un très vif intérêt pour son travail depuis au bas mot quatorze heure trente mais je ne suis pas informé de sa dernière production…

P : C’est une collaboration high-level avec son chien Juan-Sergueï : une déjection de l’animal ornée d’une antenne radio provenant de la station Mir. Une fulgurance allégorique d’une puissance philosophico-fragrancielle sans pareille intitulée : « Message étron-ge ». On est face à  l’« Ultimate » création.

Juan-Sergueï montre sa bobine   Art triste, une oeuvre merdique

F : Cette réalisation, vois-tu, est pour moi la synthèse parfaite des valeurs de l’art contemporain : démocratisation, poésie et subventions par les fenêtres.

P : Assurément. Sais-tu que cet été j’ai vu également performer l’artiste indo-islandais Vishnou Gagmundssen ? Durant mille minutes précisément, le virtuose emplit mille slips en tergal de mille têtes de poissons putréfiées. L’œuvre symbolise mille ans de décadence occidentale et s’intitule lumineusement : « Déliquescence transductionnelle polysynthétique filandreuse, poil à la pelleteuse.»

: Je crois savoir que c’est une tendance new-fashion dite « Art contempurin » venu des milieux hip and trendy-trash de l’East riverside de Big Apple. C’est frais, romantique, délicieusement utopique.

P : Malheureusement, il faut bien le reconnaitre, l’art moderne souffre d’un cruel manque de reconnaissance de la part du grand public : accusé d’être un art élitiste upper-class terriblement gourmand en deniers publics…

F :..accusé de commettre des « bouses ectoplasmiques » ou des « saloperies de gribouillis imbitables. » Il s’agit tout de même de « Great artistic value’s democratic art » ; quelle ingratitude quand on y songe…

P : Positivement ; d’ailleurs en voici encore une triste illustration : la semaine dernière, tout juste rendu sur mon lieu de travail, le comptable me lance avec sa pédanterie coutumière : « Hé ! tête de l’art, ce matin c’est n’importe quoi ta gueule, on dirait un Picasso. »

F : Good Lord ! Nous resterons donc cet îlot de simplicité dans un océan de snobisme crypto-réactionnaire obscurantiste …

L'air d'un Picasso (vaguement)

    Post scriptum : Tout cela est très exagéré au fond. J’ai vu souvent des trucs pas mal. Enfin parfois. Une fois en fait. Une peinture. Alors étaient-ce ma bronchite avec complications ou le sirop décongestionnant « Extreme typhoon expector triple effect dont deux rudement trapus », toujours est-il que l’œuvre produisit sur moi des effets franchement psychédéliques. Du coup, c’était bien.

    Vous voulez apprécier l’art moderne ? Faites vous prescrire une bronchite, prenez un médoc qui dépote sévèrement et ruez-vous dans une galerie. Merci qui ?

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