Mâle chance ? Pas trop et vous ?

L'ascendance mauvaise

      Enquêter sur ses ancêtres réserve parfois de bien jolies surprises. A titre d’exemple, j’ai un aïeul qui pouvait se curer le pif avec les doigts de pieds. Outre l’intérêt manifeste d’une telle faculté, il faut bien admettre que c’est la grande classe.

Vous-même pourriez être, qui sait, l’heureux descendant…

…d’un pétomane virtuose qui, sur les plus grandes scènes parisiennes, réalisa naguère des brushings collectifs pour des spectateurs ébouriffés. Glisser l’air de rien ce genre d’information en société vous vaudrait alors immanquablement des soupirs d’admiration. Auriez-vous de surcroit hérité de la pétulante nature de l’artiste, une petite prestation bien troussée vous ouvrirait les portes de l’establishment comme sous l’effet d’un grand courant d’air.

      Hélas, les vents favorables n’ont pas soufflé partout. Patachon n’est jusqu’alors remonté qu’à un grand-père mais il semblerait que dans cette branche, ce soit plutôt vents contraires et derniers souffles avant l’heure. Pas question donc pour lui de pétarader gaiement, mieux vaut même serrer franchement les fesses…

Ficelle et Patachon à propos de généalogie

Patachon : Ben moi j’en suis qu’à papy et il faut reconnaitre que c’est pas l’effervescence.

Ficelle : En même temps la généalogie c’est un peu comme les catacombes, on tombe rarement sur une soirée disco.

P : Chez nous il y a quand même eu quelques temps forts : en 1944,  mon grand-père paternel, dessinateur industriel sans emploi, avait été courtoisement prié par les troupes d’occupation de se rendre en Allemagne afin de donner un petit coup de main dans les bureaux d’étude d’un complexe industriel sous-terrain…

coup de pompe

F : On a beau dire mais à l’époque on savait occuper les gens…

P : Sauf que, distrait par nature, il croyait travailler sur le profil aérodynamique d’un suppositoire contre la toux. Il s’agissait en fait des plans du missile V2.

Suppo interdit

Les alliés qui avaient conservé le sens de l’humour, larguèrent leurs suppositoires de 300 kilos et ratatinèrent les installations avec pépère dans un même élan de jubilation espiègle.

F : C’est connu ça, au boulot il faut rigoler un peu sinon le moral en prend un coup…

P : Malheureusement, papy avait déjà eu le temps d’engendrer mon concepteur. Ce dernier travaillait alors comme comptable pour des hommes d’affaire italiens qui exportaient des tonnes de farine vers les USA. Quand un jour, des hommes armés en uniforme déboulèrent en braillant que c’était même pas vrai, que la farine habituellement ça ne s’aspirait pas par le nez ou quelque chose comme ça. Les autres rétorquèrent que d’honnêtes commerçants n’avaient pas à se préoccuper des orifices d’entrée de leur marchandise. Ou quelque chose comme ça.

F : Les tracasseries administratives, c’est vraiment un fléau pour le petit commerce…

P : D’autant que les protagonistes eurent des mots et que mon père qui tentait de ramener le calme concentra sur sa personne les petites tensions accumulées.

Des p'tits trous

Le légiste déclara que, farci de plomb comme il l’était, on aurait tout intérêt à le fondre en lingots et le revendre à la Bourse des Métaux.

F : Quand les gens en ont gros sur la patate, il y a souvent de ces petits débordements sans gravité qui égayent nos souvenirs. Mais et toi mon garçon ?

: Eh bien moi j’ai travaillé brièvement dans une association de poètes anarchistes, « Au p’tit rimailleur communard », domiciliée dans la cité royale de Versailles. Malheureusement, un incendie accidentel volontaire a tout ravagé 24 heures après l’ouverture. Il semble qu’un radiateur électrique se soit rallumé tout seul et qu’une couverture soit venue l’envelopper malencontreusement.

Prudence vers enflammés

C’est dommage car le projet semblait séduire au vu de ces vers charmants inscrits sur un mur avec des excréments :

vers fécals

F : Ce qui est sympa avec la poésie, c’est qu’on peut dire des choses un peu taquines, ça reste toujours plaisant. En tout cas, je vois comme un petit progrès dans ton arbre à scoumoune : t’as toujours pas cassé ta pipe mon grand. Bon c’est pas grand-chose mais c’est déjà ça…

P : C’est parce que je minimise les risques. Je travaille actuellement à la rubrique « divertissements » d’un journal local. Je pars demain en Bielo-Raspoutitza pour interviewer un funambule, opposant au régime en place, installé sur son fils en manière de protestation au dessus de la piscine de refroidissement d’un réacteur nucléaire endommagé, afin de l’interroger sur l’avenir des intermittents du spectacle contestataires vivants dans des régimes très modérément démocratiques et menacés de mort pour raison d’état. Je joue la prudence, c’est ma grande force.

 Baignade non surveillée

F : Comme je dis toujours : « La prudence c’est mieux que l’ambulance ». Enfin, prévois quand même un slip de bain, c’est pas la place que ça prend…

Le slip inoxydable

Post-scriptum :

      Anticipant le courrier des lecteurs qui ne manqueront pas de s’enquérir de la santé des protagonistes, je tiens à les rassurer sans tarder : le funambule protestataire semble s’être bien assagi.

Il était perché dernièrement sur son fil tendu entre deux arbres d’une forêt primaire que l’on ratiboise à la dynamite pour y construire un parc d’attractions montrant des virus préhistoriques hautement pathogènes ramenés à la vie : « Epidémic Park ». Le tout dans une ambiance chaleureuse.

Quant à Patachon, lui aussi va bien et reste prudent. Il interviewe actuellement des membres du gouvernement de Korébaïdjan du nord sur le rapport présumé entre collaboration à un régime autocratique et débilité mentale. Le tout dans une ambiance bon enfant.

Du coup j’ai envie de dire que c’est un peu la limite du système : dès que l’on raisonne en termes de descendance, on perd un chouïa en témérité.

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